Comment garder la tête froide en bourse

Mise à jour boursière : juillet 2019

Écrit par Stijn Ceelen, Country Manager BinckBank Belgique | 7 minutes
MAR. 13-08-2019

Nous évitons généralement de nous aventurer dans des prévisions économiques qui, en soi, ne correspondent guère à notre philosophie. Mais il nous semble aujourd’hui essentiel de vous expliquer où nous nous trouvons dans le cycle économique. Voici par conséquent 3 grands enseignements destinés à vous aider à traverser cette période tumultueuse sans trop de casse.

Enseignement 1 : ne vous laissez pas emporter par vos émotions

Il est surtout important de garder la tête froide. Vendre sous le coup de l’émotion et suivre la folie qui agite actuellement les marchés pourrait vous coûter cher, parce que ces mêmes marchés financiers pourraient également verser dans l’euphorie à la moindre lueur d’espoir. Dans ce scénario, vous postulez que les événements actuels n’ont qu’une issue possible. Plus encore : en suivant le marché actuel, vous modifiez le cours des événements parce que votre changement de comportement a une influence sur leur issue.

Pensez à la taxe sur la spéculation. À la suite de l’instauration de cette taxe, les investisseurs se sont mis à conserver leurs positions plus longtemps (changement de comportement), de sorte que les recettes publiques espérées (résultat recherché au départ) ont été inférieures aux prévisions.

Enseignement 2 : ne courez pas derrière le troupeau

Une chose est claire : le monde financier est aujourd’hui sous le coup d’une incertitude croissante. Quel que soit le scénario que vous privilégiez. L’an dernier, nous avons vu à quel point la Bourse et le sentiment des investisseurs pouvaient être capricieux. La vague de ventes de l’époque qui avait déferlé sur les marchés nous a surtout rappelé que la conjoncture économique était moins favorable qu’auparavant.

Un optimisme excessif chez les investisseurs peut mettre en péril la stabilité financière – et provoquer des réactions violentes. À l’inverse, une crainte extrême peut permettre de réaliser d’excellentes affaires. Ou, pour reprendre les mots de Warren Buffett : « Be fearful when others are greedy and greedy when others are fearful ».

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Source : CNN Money, 7 août 2019

Enseignement 3 : votre tranquilité d'esprit avant tout

Généralement, la déception ressentie par des investisseurs face à une perte de 10% est beaucoup plus intense que l’euphorie suscitée par un gain de 10%. C’est pourquoi vous avez tout intérêt à vérifier de temps à autre que votre exposition aux actions correspond encore à votre appétence au risque. Nous ne pouvons pas nous exprimer sur le timing et la gravité d’une correction. Nous sommes convaincus que ce serait contraire aux principes à long terme de l’investissement. Mais le plus important est de retrouver votre tranquillité d’esprit.

La philosophie d’investissement de BinckBank en matière de Gestion d’Actifs est précisément fondée sur une approche disciplinée qui suit la Bourse mondiale intelligemment et moyennant une judicieuse diversification. Avec une attention suffisante pour les risques, grâce à notre surveillance active du capital.

Vous éprouvez des difficultés à garder la tête froide et vous souhaitez plus de tranquillité d’esprit dans le portefeuille dont nous assurons la gestion ? C’est possible en passant à un plan d’investissement plus prudent. Dans ce cas, remplissez à nouveau notre questionnaire afin de rapprocher votre plan de gestion de votre aversion au risque.

Votre rendement potentiel va diminuer, et la surveillance du capital va s’intensifier. Discutez tranquillement des possibilités qui s’offrent à vous avec l’un de nos gestionnaires de relations de la Gestion d’Actifs au 03/303 31 13.

Contexte boursier actuel

La situation actuelle trouve son origine bien avant le récent accès de rhétorique guerrière entre la Chine et les États-Unis. Elle remonte en fait à la crise financière, quand le gouvernement Bush a été contraint de lâcher les finances publiques. Non seulement pour sauver les banques, mais aussi pour donner de l’oxygène à l’économie.

À son arrivée au Bureau ovale, Barack Obama a donc été confronté à un énorme déficit budgétaire. Un déficit qu’il a sensiblement réduit pendant ses 8 années de mandat.

En 2016, Donald Trump avait promis à plusieurs reprises de rendre l’économie américaine plus forte que jamais auparavant. Les nombreuses baisses des impôts aux entreprises américaines ont cependant creusé le déficit budgétaire.

La construction de son mur sur la frontière mexicaine ne va pas non plus faire de bien aux finances publiques américaines. De plus, l’économie américaine consomme plus qu’elle ne produit (les importations sont supérieures aux exportations), ce qui donne lieu à un déficit croissant sur la balance commerciale.

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Source : Federal Reserve Bank of St. Louis


Cette situation de double déficit, commercial et budgétaire, n’est durable qu’à condition de disposer d’une économie robuste et d’un dollar fort. Le déficit budgétaire peut principalement être comblé par les capitaux étrangers que l’appréciation du dollar attire aux États-Unis.

Mais un dollar trop fort accentue le déficit commercial et pèse sur l’économie. Une baisse des taux constitue alors la dernière bouée de sauvetage pour donner de l’oxygène à l’économie, mais elle accroît le risque de fuite des capitaux. Or ces capitaux sont indispensables pour financer le déficit budgétaire américain. Nous remarquons immédiatement que plusieurs forces contradictoires sont à l’œuvre, certaines étant plus durables que d’autres :

  • L’arrivée de capitaux étrangers à la suite de l’augmentation du déficit budgétaire soutient le dollar et l’économie, mais accroît également le déficit de la balance commerciale.
  • L’augmentation du déficit budgétaire accroît non seulement la dette publique américaine, mais aussi les charges d’intérêts. Ces hausses des charges d’intérêt et du déficit commercial pèsent à leur tour sur l’économie.
  • Un net ralentissement de l’économie américaine met le dollar sous pression, et les capitaux étrangers fuient vers d’autres lieux.

Vous le constatez : plusieurs facteurs qui se renforcent ou s’annulent mutuellement opèrent simultanément. Une chose est claire : un double déficit, budgétaire et commercial (le twin deficit ou déficits jumeaux) n’est pas tenable à long terme. Demandez à Ronald Reagan ce qu’il en pense.

Dans les années 80, il avait été contraint de réduire ses dépenses militaires (dans le contexte de la course à l’armement qui opposait Russes et Américains) et de relancer les exportations en dévaluant le dollar. L’objectif était de ramener la balance commerciale à l’équilibre.

Mais ne l’oubliez pas : les années 80 ont également été une des périodes les plus fastes pour les actions américaines, avec un rendement moyen de près de 15%.

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Source : Morgan Stanley Capital International


Le consommateur américain au centre de toutes les attentions

Donald Trump danse aujourd’hui sur une corde raide, d’autant qu’il lui est indispensable de tenir sa promesse d’une économie solide dans la perspective des prochaines élections présidentielles. En d’autres termes : il a tout intérêt à trouver un accord commercial avec les Chinois et à procéder à de nouvelles baisses de taux pour empêcher l’économie de tomber en récession. Une récession que pourraient aggraver les déficits accumulés.

De ce point de vue, son tweet sur l’instauration de nouveaux droits d’importation est pour le moins malheureux. Il espérait pourtant accroître la pression sur la Chine et obliger Pékin à conclure un accord rapidement, tout en rappelant à la Banque centrale américaine l’importance de plusieurs baisses de taux.

Ces nouvelles tensions commerciales ne sont pas favorables à l’industrie manufacturière. L’incertitude croissante sur l’accord commercial pourrait même l’inciter à ralentir la production. Elle pourrait ainsi réduire les stocks déjà constitués.

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Source : Federal Rerserve Bank of St. Louis


De plus, la récente dévaluation de la monnaie chinoise va entretenir l’afflux de produits chinois. Tous les yeux sont donc braqués sur l’Américain moyen, qui doit continuer à consommer. De préférence des produits américains.

Mais ! Une nouvelle érosion de la confiance des gros bonnets de l’industrie pourrait contaminer le secteur des services. Et alors ?

Alors, les licenciements pourraient prendre le pas sur les créations d’emplois, ce qui minerait la confiance de l’Américain moyen. Et une crise de confiance pourrait étouffer toute l’économie américaine. Les capitaux étrangers fuiraient alors le pays de l’oncle Sam. Le déficit budgétaire obligerait à la fois à économiser et à imposer. Ce qui accentuerait encore la pression sur l’économie… et adieu, 2ième mandat.

Le pétrole aussi en péril

À cela s’ajoute une inconnue supplémentaire : le cours du pétrole. Un pétrole bas est bien entendu une bonne nouvelle pour l’Américain moyen. Il doit moins dépenser en essence et aura plus de marge pour acheter. Mais un cours du pétrole trop bas n’est pas bon pour le secteur pétrolier américain, dont les frais d’extraction élevés vont creuser les pertes. Comme le secteur agricole – déjà en difficulté –, le secteur pétrolier se finance surtout par le biais d’obligations à haut rendement.

Le graphique ci-dessous montre à quel point le marché des obligations à haut rendement a gonflé ces derniers temps. La hausse des taux accroît le coût de financement des entreprises, ce qui entraîne une multiplication des faillites. Et pour boucler complètement le cercle vicieux, ces faillites grèvent le bilan des banques. Une nouvelle pénurie de crédits n’est donc pas exclue. Même s’il faut préciser que les banques sont bien mieux capitalisées aujourd’hui qu’en 2008, par exemple, et donc plus à même de résister à une récession.

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Source : Oaktree Capital Management


Le marché immobilier joue toujours un rôle important. Après la crise financière, les prix ont beaucoup augmenté. Un ralentissement de l’économie et un plongeon de la confiance du consommateur moyen pourraient cependant peser sur les prix des maisons, ce qui affecterait la valeur des garanties figurant au bilan des banques.

Fred saint louis  Source : Federal Reserve Bank of St. Louis


En tant qu’investisseur, vous avez le droit de savoir quels risques planent au-dessus de nos têtes. Heureusement, l’économie n’est pas une science exacte, où une hypothèse est vraie ou pas. Notre comportement et notre esprit humain peuvent influencer l’évolution des faits, et ce scénario catastrophiste n’est donc que l’une des nombreuses issues possibles à la situation actuelle. Plus encore : ce scénario se fonde sur l’hypothèse que les faits actuels resteront inchangés et que tous les dominos tomberont simultanément.

L’histoire nous apprend cependant que notre raison tend à reprendre le dessus sur nos émotions dans les moments critiques. Et cela vaut également pour Donald Trump. S’il veut réellement entrer dans l’histoire au titre de meilleur président américain, il prendra rapidement conscience qu’un accord commercial est la seule possibilité d’éviter un effondrement de l’économie américaine et du dollar.

Et cela semble aussi le scénario le plus équilibré. Il est cependant un fait que le prochain président – qu’il s’appelle Trump ou non – devra s’atteler au rééquilibrage de l’économie et à l’assainissement des finances publiques. Entre-temps, nous tenons la situation à l’œil en suivant de près les indicateurs suivants :

  • Confiance des consommateurs
  • Prix immobiliers
  • Taux des obligations à haut rendement
  • Stocks des entreprises industrielles
  • Compte Twitter de Donald Trump (non, ce n’est pas une blague)

Des questions sur votre portefeuille ? N’hésitez pas à les poser via gestiondactifs@binck.be ou à téléphoner à l’un de nos chargés de relation au 03 303 31 13.

Juillet en quelques mots

Comme nous en avons désormais l’habitude, nous revenons sur les indicateurs du mois écoulé : la Bourse mondiale a poursuivi sa marche en avant grâce à des signaux positifs qui suggèrent un accord commercial imminent entre la Chine et les États-Unis. Les investisseurs attendaient de plus avec impatience la première baisse des taux en 10 ans, qui donnerait plus d’oxygène à l’économie américaine.

Les marchés financiers en 10 secondes (situation au 31/07/2019)


  Juillet 2019
Actions (en euros)
Europe +0,1% +16,9%
États-Unis +3,6% +23,7%
Japon +2,2% +11%
Obligations
Obl. publiques EMU 3-5 ans +0,6% +2,4%
Obl. entrep. euro 1-3 ans +0,5% +3,1%
Devises (face à l'euro)
Dollar américain +2,7% +3,5%
Livre britannique -1,7% -1,3%
Yen japonais +2,1% +4,7%

Source : Morgan Stanley Capital International, Barclays, Bloomberg



Informations importantes

Cet article ne constitue pas un conseil d’investissement individuel ou une recommandation personnelle de réaliser des investissements donnés de la part de BinckBank. Quand il renvoie à des résultats obtenus par le passé, vous devez tenir compte du fait que ces résultats ne constituent pas un indicateur fiable des résultats futurs. Tout investissement comporte des risques. On considère généralement qu’un investissement qui présente un rendement attendu plus élevé est aussi plus risqué. La Gestion d’actifs n’offre pas de garantie de capital.

Auteur

Stijn Ceelen, Country Manager BinckBank Belgique

Stijn Ceelen est Country Manager chez BinckBank Belgique depuis 2017. À ce titre, il donne régulièrement son avis sur les marchés financiers et leurs fluctuations.

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