Les marchés financiers après mai : lumière au bout du tunnel ou nouveau plongeon?

Les responsables des achats sont moins négatifs. Et le confinement se relâche.

Écrit par Dieter Haerens | 5 minutes
JEU. 04-06-2020

Le coronavirus tient toujours le monde sous son emprise. Les gouvernements mettent tout en œuvre pour endiguer la propagation du virus et alléger la pression sur les systèmes de soins de santé. La santé et le bien-être sont actuellement la priorité absolue et aucun effort n'est épargné pour les préserver. Les banques centrales tentent d'en atténuer l'impact négatif à grand renfort d'énormes programmes de rachat et de prêts flexibles. Les gouvernements prennent des mesures de soutien pour limiter les retombées économiques. Afin de ne pas causer de dégâts trop sévères à l'économie, plusieurs gouvernements du monde entier assouplissent progressivement les mesures de confinement.

ÉTATS-UNIS : FEU FEU FEU

Avec plus de 1,7 million de contagions confirmées, la crise du coronavirus frappe très durement les États-Unis. Pour atténuer l'impact économique du confinement, la Banque centrale américaine (Fed) et le gouvernement ont rapidement proposé des mesures de soutien. À présent que les dommages économiques se révèlent plus importants que prévu, la demande de mesures de soutien supplémentaires augmente. Cependant, le désaccord politique par rapport à la politique de suivi s'est accentué le mois dernier.

L'impact énorme sur l'économie américaine est également de plus en plus visible au niveau des chiffres. Le marché du logement, par exemple, est durement touché. La production de nouvelles constructions s'est effondrée de 30% en avril. En conséquence, la production de logements se situe au même niveau qu'au début de l'année 2015. Les ventes de logements existants ont également sensiblement diminué, de près de 18% en l'occurrence. D'autres indicateurs économiques américains sont également négatifs. Le chômage continue d'augmenter. Il est déjà passé de 4,4% en mars à 14,7% en avril, et sera supérieur de quelques pour cent en mai, car 10 millions d'Américains supplémentaires ont introduit une demande d'allocations de chômage. Bien que la confiance des consommateurs mesurée par l'Université du Michigan se soit stabilisée par rapport au mois d'avril, elle est nettement inférieure à celle de février et mars. Les responsables des achats semblent voir l'avenir sous un jour un peu moins défavorable. L'indice des directeurs des achats américains publié par IHS Markit s'est redressé, passant de 27 en avril à 36,4 en mai. Bien inférieur à la position neutre de 50, ce chiffre suggère donc toujours une contraction significative de l'économie.

EUROPE : DOS AU MUR

Affectée elle aussi par la crise du coronavirus, l'UE est dos au mur et doit élaborer un plan de relance plus complet. Le plan actuel de 540 milliards est en effet considéré comme insuffisant. Par ailleurs, des divergences existent entre les États membres. Les pays du Sud veulent principalement contracter des emprunts conjoints, tandis que certains pays « économes » ne souhaitent pas garantir ces dettes. Selon les prévisions du FMI, l'économie de la zone euro va se contracter de 7,5% en 2020. Cela signifie que l'impact économique sera probablement plus important qu'aux États-Unis, au Japon et en Chine.

Toutefois, l'absence de réponse coordonnée à la crise dans la zone euro met en lumière les lacunes de l'union monétaire. Alors qu'aux États-Unis et au Japon, la crise est abordée avec une politique fiscale et monétaire coordonnée, de nombreux États membres de la zone euro sont limités dans leur capacité à le faire parce qu'ils n'ont aucun contrôle sur la politique monétaire et que leur marge de manœuvre budgétaire est limitée.

La Commission européenne a présenté un nouveau fonds de relance de 750 milliards d'euros. Ce fonds se compose de 500 milliards d'euros de subventions et de 250 milliards d'euros de prêts. Cet argent est destiné à soutenir les économies les plus gravement touchées. La condition est que l'aide profite aux réformes économiques, à la numérisation et à la lutte contre le changement climatique. La Commission européenne a l'intention d'emprunter elle-même les fonds sur les marchés des capitaux et de les rembourser sur une période étalée entre 2027 et 2058. En outre, la Commission européenne a l'intention de collecter elle-même les taxes afin de pouvoir supporter les coûts de financement. Toutefois, les 27 pays de l'UE doivent... accepter à l'unanimité la proposition avant que le fonds de relance ne soit mis en place.

Tout comme aux États-Unis, les responsables des achats en Europe semblent également avoir une vision moins négative de l'avenir. La confiance des consommateurs européens, telle que publiée par la Commission européenne, s'est également quelque peu redressée par rapport au mois dernier, mais reste à un niveau bas. Une légère reprise similaire a également été observée au niveau de l'Economic Sentiment Indicator, un indicateur du sentiment largement répandu de la Commission européenne. Cette reprise est en partie le résultat de la reprise sous-jacente des attentes en matière d'emploi.

ASIE-PACIFIQUE: DES RELATIONS TENDUES

Au Japon aussi, la confiance des consommateurs et des responsables des achats s'est quelque peu redressée. Le pays envisage une deuxième série de mesures de soutien de 852 milliards d'euros, principalement pour soutenir les entreprises durement touchées. Plusieurs indicateurs économiques suggèrent encore une situation difficile. La confiance des consommateurs a augmenté par rapport au mois d'avril, mais elle est toujours presque au plus bas depuis le début des mesures en 1982. L'indicateur des directeurs des achats a montré une image similaire et se redresse légèrement.

Alors que la plupart des pays se remettent doucement de la crise du coronavirus, les tensions entre les États-Unis et la Chine s'accentuent à nouveau. Par exemple, le président américain blâme presque quotidiennement la Chine pour la propagation du virus. On notera également les tensions découlant de la loi chinoise sur la sécurité nationale qui devrait donner à la Chine un plus grand contrôle sur Hong Kong. Les États-Unis envisagent maintenant de priver Hong Kong de son statut commercial privilégié. À la fin du mois, M. Trump a jeté encore de l'huile sur le feu en inscrivant le rôle de la Chine dans la crise du coronavirus à l'ordre du jour de la prochaine réunion du G7.

Pour la première fois en trente ans, la Chine n'a pas avancé d'objectif officiel de croissance économique. En raison de la vive incertitude liée à la crise, le gouvernement chinois est contraint d'annuler l'objectif de croissance pour cette année. Cependant, les responsables des achats voient la lumière au bout du tunnel. L'indice des directeurs des achats publié par Caixin et IHS Markit est passé de 47,6 en avril à 54,5.

LES BANQUES CENTRALES A PLEIN REGIME

Le président de la Fed, Jerome Powell, a une nouvelle fois souligné les risques inhérents à la crise du coronavirus pour l'économie américaine le mois dernier. Les problèmes de liquidités à court terme peuvent entraîner des défauts de solvabilité à plus long terme, ce qui peut provoquer la faillite d'entreprises. Plus la reprise économique tarde à s'amorcer, plus la probabilité est grande que les entreprises rencontrent des problèmes de solvabilité. Grâce aux mesures d'urgence prises par les gouvernements et les banques centrales, M. Powell espère que les dégâts resteront contenus à long terme. Dans la lignée des déclarations précédentes, il a indiqué qu'il était peu probable que la Fed applique un taux directeur négatif. La Fed préfère racheter des actifs. Le mois dernier, pour la première fois, des exchange traded funds (ETF) d'obligations d'entreprises ont été achetés, en plus des obligations d'État.

Le mois dernier, la Banque Centrale Européenne s'est heurtée à un écueil dans sa politique de rachat. La Bundesverfassungsgericht (Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne) a jugé que la Cour de justice européenne avait outrepassé ses compétences dans l'évaluation du programme de rachats de la BCE en 2018. La Cour européenne a déclaré que la Cour allemande n'était pas compétente en la matière et a souligné que, comme les autres autorités des États membres, les tribunaux nationaux étaient tenus de garantir le plein effet du droit de l'Union. Toutefois, le moment choisi par la Cour allemande était pour le moins malheureux compte tenu du Pandemic Equity Purchasing Programme lancé en mars. L'arrêt de la Cour allemande ne s'applique pas directement à ce programme, mais il pourrait empêcher la BCE d'agir rapidement si l'un des États membres se retrouvait en difficulté économique.

PÉTROLE : LE RETOUR

En mai, le cours de l'or noir a explosé. Le prix du baril de Brent a augmenté de 40% et coûte désormais plus de 35 dollars. Le marché du pétrole a bénéficié des restrictions de production mises en place par les pays de l'OPEP et la Russie. La limitation de la production à plus de 10 millions de barils par jour est entrée en vigueur le 1er mai et, pour l'instant, les membres du cartel respectent les accords. En outre, la production de pétrole de schiste en Amérique a chuté plus rapidement que prévu. Cela est principalement dû au fait que de nombreux producteurs américains de schiste sont en difficulté financière parce qu'ils ne peuvent pas produire de manière rentable aux niveaux de cours actuels du pétrole.

ET ENFIN... LES MARCHÉS BOURSIERS

La reprise des marchés financiers en avril s'est poursuivie en mai. Le VIX, l'indicateur de volatilité du marché boursier américain, qui a encore culminé au-dessus de 80 en mars et est tombé en dessous de 35 en avril, est passé sous de 28 en mai. En janvier et début février, avant la crise du coronavirus, cet indice évoluait encore autour de 15. À mesure que la nervosité s'atténuera et que les marchés boursiers navigueront à nouveaux dans des eaux plus calmes, la proportion des actions dans les portefeuilles augmentera à nouveau.

Les marchés financiers en 10 secondes (situation au 31 mai 2020)

    Mai 2020
Actions (en euros)
Europe  +3,18% -15,35%
États-Unis +3,75% -3,63%
 Japon +4,53% -6,17%
Obligations
Oblig. publiques EMU 3-5 ans +0,21% -0,07%
Obig. d’entreprises euro 1-3 ans +0,34% -1,97%
Devises (face à l’euro)
Dollar américain -1,37% +0,98%
Livre britannique -3,27% -5,95%
Yen japonais -1,92% +1,77%

Source : Morgan Stanley Capital International, Barclays, Bloomberg

Auteur

Dieter Haerens

Dieter Haerens est Country Manager BinckBank Belgique . Passionné par tous les secteurs de l'univers financier, les technologies et la customer centricity, il partage à l'occasion son opinion sur ces sujets.

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