Party like it’s 1999

Écrit par Dieter Haerens | 5 minutes

Cette opinion a déjà été publiée dans De Tijd.

Certains épargnants débarquent en Bourse aujourd’hui sans la moindre idée de ce dans quoi ils investissent. Parallèlement, on note aussi l’arrivée de toute une nouvelle génération d’investisseurs qui savent au contraire parfaitement ce qu'ils font.

Si The Artist Formerly Known As Prince était encore en vie - repose en paix, petit génie -, le moment n'aurait pas été mal choisi pour sortir un remake de ce hit.

Je suis actif sur les marchés financiers depuis près de 25 ans. Et les comparaisons avec la période 1999-2000 tiennent effectivement la route dans une certaine mesure. Je vois les points communs, moi aussi. Pourtant, this time is different. Tout comme aucune période n'est jamais identique à une autre sur les marchés boursiers.

La question n'est pas tant de savoir si une bulle se forme, mais quelle quantité d'air elle peut contenir, et quand et par quoi elle sera percée.

Oui, il y a au moins des signes de formation de bulles, comme en 1999. Comment pourrait-il en être autrement ? L'action massive des banques centrales non seulement maintient les taux d'intérêt à un niveau bas, mais les pousse même en territoire négatif. J'ai encore du mal à expliquer clairement à l'épargnant moyen pourquoi il doit désormais payer un supplément s'il veut garder son argent, en l'occurrence auprès de la Banque Centrale Européenne. Dans ce contexte, même le « dentiste belge » le moins audacieux pourrait en arriver à envisager de se tourner vers la Bourse.

Je vois effectivement aussi débarquer de nouveaux épargnants sur le marché boursier qui ne savent absolument pas dans quoi ils investissent. Ou plutôt : ce sur quoi ils spéculent. « Je préfère acheter ce qui monte, monsieur. »

Si les cafés et les coiffeurs avaient déjà rouvert (oh quelle pensée douce à mon cœur), la Bourse aurait été le sujet d'infinis débats ces dernières semaines. On aurait partagé nos succès et fait silence sur les dérapages occasionnels.

Discussions de café

Mais les cafés numériques sont ouverts, eux ! Et la discussion y est permise. Ces dernières semaines, j'ai suivi avec plaisir les rebondissements de la désormais célèbre saga Reddit : un mécanisme classique de pump and dump, mais avec de nouveaux moyens. Une meute de lemmings qui, menée par des influenceurs assez rusés, choisit une cible assez évidente (un short interest de plus de 150%, c’est ça ?) et vise ensuite son talon d'Achille de façon assez magistrale. Hélas, beaucoup de ces « activistes » sortiront amochés de cette petite aventure.

Nul besoin d'être un économiste expérimenté pour constater que la corne d'abondance (l’argent trop bon marché) provoque déjà une inflation des actifs ici et là. Des prix gonflés par une demande excessive, une offre rare et des acheteurs qui surenchérissent les uns sur les autres. « Parce que l'argent ne rapporte plus rien, monsieur. » TINA (There Is No Alternative) est un phénomène puis puissant aujourd'hui que jamais.

La question n'est pas de savoir si une bulle sera formée, mais combien d'air elle peut contenir, et quand et par quoi elle sera percée.

Au cours des neuf derniers mois, j’ai assisté à de nombreuses tentatives pathétiques de Nostradamus improvisés de prédire - si vous répétez la même chose pendant assez longtemps, vous aurez forcément raison un jour ou l'autre – le moment où elle explosera. Croyez-moi : n'essayez même pas. La seule chose que vous puissiez faire, c’est rester concentré.

Une génération gagnée

À bien des égards, cette année est également très différente de 1999. Lorsque la bulle a explosé en 2000, un grand nombre d'investisseurs ont subi ce qui s'avérera a posteriori être un traumatisme irréparable. En cause : tous les Lernout & Hauspie de ce monde. Mon mentor Roland Van der Elst m'avait soufflé à l'époque : « Dieter, je pense que nous avons perdu une génération en Bourse ». Et il avait - encore - raison.

J'ai rappelé Roland l'autre jour. « Professeur, je pense que cette fois, nous avons maintenant gagné une toute nouvelle génération en Bourse ». J’en suis convaincu. Je constate beaucoup de bon sens chez nos nouveaux clients. Ils ne font rien d'insensé. Ou du moins, pas à une échelle ou pour une partie de leurs actifs qui ne tolérerait pas une « plongée » occasionnelle. Au contraire, ils disposent d'informations plus nombreuses et de meilleure qualité que celles qui étaient disponibles en 1999. Ils partagent également beaucoup plus, des informations et des idées, entre eux. Ils veulent savoir. Comprendre.

Et ils s’en sortent plutôt bien, à en croire les données de nos systèmes. Tant dans la construction de leur portefeuille (pas d'investissement massif en une seule fois, par exemple), que dans la répartition des risques. J'analyse aussi les profils des nouveaux arrivants. Effectivement, ces épargnants doivent commencer à investir dès maintenant, s'ils ne l'avaient déjà fait. Beaucoup d'entre eux ont la trentaine ou la jeune quarantaine. Ce qu'ils ont accumulé et/ou ce qui leur reste en fin de mois ne finit plus uniquement sur le compte d'épargne. C'est une évolution positive.

Cela signifie-t-il que quand le marché prendra l’orientation contraire, il n'y aura ni pleurs ni grincements de dents ? Non, bien évidemment. Mais, pour reprendre les mots de Van der Elst lorsque nous étions ses étudiants : « La meilleure chose qui puisse vous arriver au début de votre carrière d'investisseur, c'est un bon krach ». Je confirme.

Je souhaite à tout le monde un bon krach. Mais ne me demandez pas s'il y en aura un en 2021. L'argent qui sert à apprendre est toujours bien investi. Tâchez juste de rester raisonnable pour pouvoir limiter les dégâts. Et d'ici là, enjoy the party !


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Auteur

Dieter Haerens

Dieter Haerens est Country Manager BinckBank Belgique . Passionné par tous les secteurs de l'univers financier, les technologies et la customer centricity, il partage à l'occasion son opinion sur ces sujets.

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